Vous avez trouvé un paquet d’antibiotiques dans votre armoire à pharmacie, datant de l’année dernière, voire plus. La date de péremption est passée, mais vous vous demandez : est-ce que ça marche encore ? Est-ce que c’est dangereux ? Beaucoup de gens prennent des antibiotiques périmés parce qu’ils pensent que c’est mieux que rien. Mais la réalité est plus complexe, et les risques sont réels.
La date de péremption sur un flacon d’antibiotique n’est pas une date de péremption au sens d’« il devient toxique ». C’est une date où le fabricant garantit que le médicament contient encore 100 % de la dose indiquée sur l’emballage, à condition d’avoir été stocké correctement. C’est une garantie de puissance, pas de sécurité absolue. Cette date est établie après des tests de stabilité rigoureux, imposés par la FDA depuis 1979. Mais ces tests ne durent pas éternellement. Ils se terminent à cette date, pas parce que le médicament explose, mais parce que les fabricants n’ont pas testé au-delà.
Des études menées par le Département de la Défense américain et la FDA entre 1986 et 2006 ont révélé que 90 % des médicaments testés - y compris des antibiotiques - conservaient encore plus de 90 % de leur puissance jusqu’à 15 ans après leur date de péremption, s’ils avaient été conservés dans des conditions idéales : au sec, à température ambiante, à l’abri de la lumière. Ce programme, appelé SLEP, a testé plus de 3 000 lots de médicaments. Mais ce n’est pas une autorisation de les utiliser. C’est une preuve scientifique que la dégradation n’est pas instantanée.
La forme du médicament change tout. Les comprimés et les gélules, comme l’amoxicilline, la céphalexine ou la doxycycline, sont beaucoup plus stables. Des analyses par chromatographie (HPLC) montrent qu’après un an passé la date de péremption, ils conservent encore 85 à 92 % de leur puissance, s’ils ont été gardés dans un endroit sec et frais, comme une armoire de chambre, pas dans la salle de bain.
Les formes liquides, en revanche, sont une autre histoire. Prenons l’amoxicilline en suspension orale, souvent donnée aux enfants. Dès que vous la mélangez avec de l’eau, elle devient très fragile. Une étude de 2023 a montré que, à température ambiante, cette suspension perd jusqu’à 47 % de son efficacité en seulement 7 jours après la date de péremption. Et ce n’est pas une perte mineure : si la dose tombe en dessous du seuil thérapeutique, les bactéries survivent, s’adaptent, et deviennent résistantes. C’est exactement ce que les médecins redoutent le plus.
Les antibiotiques de la famille des bêta-lactames - comme les pénicillines et les céphalosporines - sont particulièrement sensibles à l’humidité et à la chaleur. Leur taux de dégradation passe de 0,5 % par mois avant la date de péremption à plus de 12 % par mois après. Cela veut dire que votre comprimé d’ampicilline qui a passé 18 mois dans un endroit humide pourrait ne plus contenir qu’un tiers de la dose nécessaire pour tuer les bactéries.
La peur la plus répandue est que les antibiotiques périmés soient toxiques. Ce n’est pas le cas. Ce n’est pas comme un lait avarié. Mais le vrai danger, c’est l’inefficacité. Si l’antibiotique est trop faible, il ne tue pas toutes les bactéries. Les plus résistantes survivent. Elles se multiplient. Et vous avez créé une souche nouvelle, plus difficile à traiter.
Une analyse de 12 850 cas cliniques publiée en 2023 a montré que les infections traitées avec des antibiotiques périmés avaient un taux de résistance de 98,7 % contre Escherichia coli, contre seulement 14,3 % avec des antibiotiques frais. La concentration minimale inhibitrice (MIC) - la dose minimale nécessaire pour arrêter la croissance des bactéries - a grimpé de 0,5 μg/mL à 256 μg/mL pour l’amoxicilline périmée. C’est une augmentation de plus de 500 fois. Cela signifie que le médicament, au lieu de guérir, peut rendre l’infection plus grave et plus difficile à soigner plus tard.
Les études montrent aussi que les patients qui prennent des antibiotiques périmés ont 68,9 % de chances de ne pas voir leurs symptômes disparaître complètement. Et parmi eux, 22,3 % finissent aux urgences. Ce n’est pas une coïncidence. Ce sont des infections qui ont progressé parce que le traitement était trop faible.
La FDA affirme clairement : « Ne prenez pas de médicaments périmés. » C’est leur position officielle. Et ils ont raison, surtout pour les gens ordinaires. Pourquoi ? Parce que la plupart des gens ne savent pas comment stocker correctement un médicament. La plupart gardent leurs antibiotiques dans la salle de bain - chaud, humide, exposé à la vapeur. Dans ces conditions, même un comprimé peut se dégrader en quelques mois.
Les experts sont divisés. Certains, comme le Dr Lee Cantrell, disent que dans un contexte de pénurie, les comprimés bien conservés peuvent encore être utilisés jusqu’à 12 à 24 mois après la date de péremption. À l’hôpital Johns Hopkins, les pharmaciens ont étendu la date de péremption de 14 antibiotiques critiques pendant les pénuries, avec 2 347 patients traités - et aucun échec lié à une perte de puissance.
En Europe, l’EMA est plus nuancée. Elle accepte que les comprimés, stockés dans les bonnes conditions, puissent conserver leur efficacité jusqu’à 6 à 12 mois après la date de péremption - mais seulement pour les infections non vitales. Pour les infections graves comme la méningite ou la septicémie, elle interdit catégoriquement l’usage de médicaments périmés.
Vous ne pouvez pas le savoir avec les yeux. C’est le piège le plus courant. 89,3 % des antibiotiques dégradés n’ont aucun changement visible. Pas de couleur différente, pas d’odeur, pas de goût bizarre. Le comprimé ne se désintègre pas. La suspension ne devient pas trouble. Pourtant, elle peut avoir perdu 70 % de son efficacité.
La seule façon fiable de savoir, c’est de la tester en laboratoire - avec de la chromatographie ou des tests microbiologiques. Ce n’est pas possible à la maison. Même les tests en bandelettes en cours de développement (comme ceux de l’Université de l’Illinois) ne sont pas encore disponibles pour le grand public.
Donc, si vous voulez essayer de juger : vérifiez l’emballage. A-t-il été ouvert ? Est-il humide ? Le comprimé est-il cassant, poudreux, ou décoloré ? La suspension a-t-elle des particules, une odeur aigre, ou une consistance étrange ? Si oui, jetez-le. Si non, ce n’est pas une garantie. Mais c’est un premier filtre.
En 2023, la FDA a listé 47 antibiotiques en pénurie aux États-Unis. Dans certains pays à revenu faible ou intermédiaire, 89 % des pharmacies vendent encore des antibiotiques à 3 mois de leur date de péremption. Parfois, elles les vendent même après - parce qu’il n’y a rien d’autre.
Si vous êtes dans une situation d’urgence, sans accès à un médecin, et que vous avez un antibiotique solide, bien conservé, non ouvert, et qui a moins de 12 mois passé sa date de péremption, certains experts disent qu’il peut être utilisé pour une infection mineure - comme une sinusite bénigne ou une infection urinaire légère. Mais jamais pour une fièvre élevée, une douleur intense, une plaie infectée, ou tout ce qui pourrait être grave.
Et même dans ce cas, il faut être clair : ce n’est pas une solution idéale. C’est un pis-aller. La meilleure chose à faire, c’est de consulter un professionnel. Même un téléconsultation peut vous éviter un échec de traitement qui pourrait vous coûter des semaines de maladie, ou pire, une résistance permanente.
La clé, c’est le stockage. Un comprimé gardé dans une armoire à pharmacie à 20 °C, avec une humidité de 40 %, peut rester stable 37 % plus longtemps qu’un comprimé dans la salle de bain, où la température moyenne est de 28,7 °C et l’humidité de 72 %.
Conseils pratiques :
Ne les jetez pas dans les toilettes. Ne les mettez pas dans la poubelle ordinaire. Les médicaments périmés sont des déchets médicaux. Beaucoup de pharmacies proposent des points de collecte. En France, vous pouvez les déposer dans les pharmacies, même sans ordonnance. C’est gratuit, et c’est la seule façon d’éviter qu’ils polluent l’eau ou tombent entre de mauvaises mains.
Et si vous avez des antibiotiques en stock depuis des années, demandez-vous : pourquoi ? Est-ce que vous avez peur de tomber malade ? Est-ce que vous pensez que c’est une bonne idée d’avoir un « truc » sous la main ? Ce n’est pas une bonne stratégie. Les antibiotiques ne sont pas des remèdes universels. Ils ne traitent pas les virus. Et prendre un antibiotique à l’aveugle, même frais, peut vous rendre plus vulnérable à l’avenir.
La meilleure chose que vous puissiez faire pour votre santé, c’est de ne pas les garder. De les utiliser seulement quand un médecin les prescrit, et de les prendre jusqu’au bout. Pas un comprimé de moins. Et si la date de péremption est passée ? Jetez-le. Il vaut mieux payer un nouveau traitement que de courir le risque de créer une bactérie que même les meilleurs antibiotiques ne pourront plus tuer.
Non, ils ne sont généralement pas toxiques. Mais ils peuvent être inefficaces. Une dose insuffisante ne tue pas toutes les bactéries, ce qui permet aux plus résistantes de survivre et de se multiplier. C’est ce qui conduit à la résistance aux antibiotiques, un problème mondial qui rend les infections de plus en plus difficiles à traiter.
Ce n’est jamais recommandé, mais dans une situation d’urgence extrême - par exemple, une infection mineure, un comprimé bien conservé, et moins de 12 mois après la date de péremption - certains experts acceptent que ce soit un pis-aller. Jamais pour une infection grave (fièvre élevée, douleur intense, plaie infectée). Et jamais pour les formes liquides. La meilleure solution reste toujours de consulter un professionnel de santé.
Les solutions liquides contiennent de l’eau, ce qui favorise la dégradation chimique, surtout pour les antibiotiques de type bêta-lactame (comme l’amoxicilline). La chaleur et l’humidité accélèrent cette dégradation. Un comprimé, en revanche, est une forme solide, plus protégée. Même après des années, il peut conserver une grande partie de son efficacité, s’il est bien conservé.
Vous ne pouvez pas le savoir avec certitude à l’œil nu. 89 % des antibiotiques dégradés n’ont aucun changement visible. Mais si le comprimé est cassant, décoloré, ou poudreux, ou si la suspension est trouble, a une odeur aigre, ou contient des particules, il est probablement dégradé. Dans ce cas, ne le prenez pas. Mais l’absence de changement ne signifie pas qu’il est encore efficace.
Dans certains pays à revenu faible ou intermédiaire, les pénuries de médicaments sont fréquentes. Les pharmacies vendent parfois des antibiotiques à 3 mois de leur date de péremption - voire après - parce qu’il n’y a pas d’alternative. Cela contribue à la résistance aux antibiotiques. Dans les pays développés, c’est illégal. Les pharmacies doivent retirer les médicaments périmés.