La IgA Nephropathie, aussi appelée maladie de Berger, est la forme la plus courante de glomérulonéphrite primaire dans le monde. Elle touche les reins en provoquant une inflammation due à l’accumulation d’anticorps IgA dans les glomérules, ces filtres microscopiques qui nettoient le sang. Ce n’est pas une maladie rare : elle représente entre 25 % et 50 % des cas de maladies rénales primaires, selon les régions. En Asie, elle est encore plus fréquente qu’en Europe ou en Amérique du Nord. Ce qui la rend particulièrement préoccupante, c’est qu’elle progresse souvent silencieusement. Beaucoup de patients ne le savent pas avant d’avoir perdu une partie importante de leur fonction rénale.

Comment se manifeste la maladie ?

Le premier signe chez les jeunes adultes ou les adolescents est souvent une urine de couleur rougeâtre, comme du thé, après une infection des voies respiratoires - une angine, un rhume, une grippe. C’est ce qu’on appelle une hématurie macroscopique. Mais dans 30 à 40 % des cas, la maladie est découverte par hasard, lors d’un bilan sanguin ou d’analyse d’urine pour une autre raison. On y trouve alors des traces de sang ou de protéines dans l’urine, sans symptôme apparent. C’est là que le risque est le plus grand : sans traitement, la maladie peut continuer à endommager les reins pendant des années, sans que la personne ne ressente rien.

Le taux de protéines dans l’urine est le meilleur indicateur de l’évolution. Plus il est élevé, plus le risque de défaillance rénale est grand. Mais ce n’est pas tout. La pression artérielle, le taux de filtration glomérulaire (eGFR), et les lésions observées au biopsie rénale (classées selon le score MEST-C) sont aussi essentiels pour prédire l’avenir. Certains patients vont bien pendant 20 ans. D’autres perdent leur fonction rénale en moins de 10 ans. Il n’y a pas de pronostic unique - tout dépend de la combinaison de ces facteurs.

Le changement majeur : le guide KDIGO 2025

Jusqu’en 2021, la stratégie était simple : on commençait par des traitements de soutien, comme les inhibiteurs du système rénine-angiotensine (RASi), pendant trois mois. Si la protéinurie ne baissait pas, on ajoutait des corticoïdes ou d’autres immunosuppresseurs. Ce modèle a duré des décennies. Mais il avait un défaut majeur : pendant ces trois mois, les reins continuaient à être attaqués. C’était comme laisser un feu brûler pendant qu’on cherchait un extincteur.

Le nouveau guide KDIGO de 2025 a tout changé. Il recommande désormais d’agir simultanément. Dès le diagnostic, si le risque est élevé, on combine deux approches : d’un côté, des traitements pour réduire la protéinurie et la pression artérielle (RASi, SGLT2i, ou même sparsentan), et de l’autre, des thérapies ciblées pour arrêter la production des IgA pathogènes. C’est une révolution. On ne attend plus. On agit maintenant.

Biopsie rénale transformée en intestin monstrueux où des anticorps IgA naissent, un médecin tente de les bloquer avec une capsule Nefecon.

Les traitements clés aujourd’hui

Le premier traitement innovant approuvé spécifiquement pour l’IgA Nephropathie est le Nefecon. C’est une forme ciblée de budesonide, un corticoïde, qui agit directement dans l’intestin - là où les IgA anormales sont produites. Il réduit la protéinurie sans les effets secondaires des corticoïdes systémiques. Environ 72 % des patients dans les groupes de soutien rapportent moins de fatigue, de prise de poids ou de troubles du sommeil qu’avec les corticoïdes classiques. Mais il coûte 125 000 $ par an aux États-Unis. Dans de nombreux pays, les assurances refusent d’abord le remboursement, obligeant les patients à faire des appels. C’est un obstacle majeur.

Les inhibiteurs du système rénine-angiotensine (RASi), comme l’losartan ou le ramipril, restent la base. Ils abaissent la pression artérielle et réduisent la fuite de protéines. Mais ils ne suffisent plus. Les inhibiteurs du récepteur de l’endothélium (DEARA), comme le sparsentan, sont maintenant approuvés en Europe et aux États-Unis pour les patients à haut risque. Ils bloquent deux voies inflammatoires à la fois, ce qui les rend plus efficaces que les RASi seuls.

Les SGLT2i, initialement développés pour le diabète, ont aussi prouvé leur efficacité contre la progression rénale. Des études montrent qu’ils réduisent le risque d’insuffisance rénale de 30 à 40 % chez les patients avec IgA Nephropathie, même sans diabète. Ils sont maintenant intégrés dans les protocoles dès le début pour les patients à risque modéré à élevé.

En Asie, les approches diffèrent. Au Japon, la tonsillectomie est courante - environ 45 % des patients la subissent. En Chine, le mycophénolate mofétil et la chloroquine sont souvent prescrits. Ces traitements ne sont pas standardisés en Occident, car les preuves viennent de populations locales. Mais ils montrent que la maladie peut être gérée différemment selon les contextes génétiques et environnementaux.

Le nouveau but : moins de 0,5 g de protéines par jour

Avant 2025, l’objectif était de réduire la protéinurie à moins de 1 gramme par jour. Maintenant, c’est moins de 0,5 gramme. Pourquoi ce changement ? Parce que les données récentes montrent que même avec 0,88 g/jour, 30 % des patients développent une insuffisance rénale en 10 ans. Le seuil de 1 g n’était pas suffisant. Le nouveau seuil est plus exigeant, mais aussi plus réaliste. Il est basé sur des registres de patients suivis pendant des décennies.

Cependant, les médecins sont prudents. Personne n’a encore fait d’essai clinique pour prouver que pousser jusqu’à 0,5 g est vraiment plus bénéfique que 0,7 g. Il y a un risque : trop de traitements combinés peuvent entraîner des infections, une fatigue chronique, ou des effets secondaires sur les os et le métabolisme. Pour les adolescents ou les personnes âgées, la charge de traitement peut être écrasante. Un patient de 16 ans qui doit prendre quatre médicaments à des horaires différents peut se sentir perdu. C’est pourquoi les médecins doivent adapter chaque protocole à la personne, pas au chiffre.

Corridor d'hôpital infini où les patients fondent en gouttes de protéines, un document KDIGO brûle au-dessus, entouré de symboles monétaires.

Les défis du terrain

Le guide KDIGO 2025 est un excellent document scientifique. Mais il est difficile à appliquer. Seulement 42 % des cabinets de néphrologie aux États-Unis ont intégré les outils d’aide à la décision dans leurs dossiers électroniques. Les médecins doivent apprendre à utiliser un calculateur de risque qui combine la protéinurie, la pression artérielle, l’eGFR et le score MEST-C. Cela prend du temps. Beaucoup ne savent pas encore comment taper les résultats de la biopsie dans le système.

Le coût est un autre mur. Nefecon, sparsentan, les SGLT2i - ces traitements sont chers. Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, moins de 22 % des patients ont accès aux traitements recommandés. Dans les pays riches, c’est 85 %. Ce n’est pas juste. Une maladie qui touche les jeunes, souvent en pleine vie active, ne devrait pas dépendre de la richesse du pays où on habite.

Et puis, il manque encore des outils. On ne sait pas encore quel biomarqueur prédit qui va répondre à Nefecon, qui à sparsentan, ou qui aura besoin d’un traitement plus agressif. Les chercheurs travaillent sur des tests sanguins ou urinaires qui pourraient un jour dire : « Vous, vous répondez bien à la thérapie intestinale. » Mais ce n’est pas encore là. Pour l’instant, les médecins doivent deviner.

Et l’avenir ?

Plus de 15 essais cliniques sont en cours dans le monde. L’un d’eux, le TARGET-IgAN, cherche à utiliser des biomarqueurs pour choisir le bon traitement pour chaque patient. Il devrait terminer en 2027. Si ça marche, on passera d’un traitement « un taille pour tous » à une médecine personnalisée. Ce sera la prochaine révolution.

Le but final est simple : empêcher la défaillance rénale, tout en gardant une bonne qualité de vie. Pas de dialyse. Pas de greffe. Pas de traitements qui rendent la vie plus lourde que la maladie elle-même. Les patients le disent : 83 % d’entre eux veulent protéger leurs reins, mais surtout, ils veulent vivre. Pas juste survivre.

La IgA Nephropathie n’est plus une maladie sans espoir. Elle est devenue une maladie à gérer, avec des outils précis, des cibles claires, et une nouvelle génération de traitements. Mais ce n’est que le début. Le vrai défi, maintenant, c’est de faire en sorte que ces avancées arrivent à tous - pas seulement à ceux qui vivent près d’un grand hôpital, ou qui ont une bonne assurance.

La IgA Nephropathie peut-elle être guérie ?

Non, il n’existe pas encore de guérison complète. Mais la maladie peut être stabilisée, voire régressée, chez de nombreux patients. Avec les traitements actuels, plus de la moitié des patients atteints à un stade modéré évitent la défaillance rénale pendant 20 ans ou plus. L’objectif n’est plus de guérir, mais de contrôler la maladie sur le long terme, comme on le fait avec le diabète ou l’hypertension.

Faut-il faire une biopsie rénale pour confirmer le diagnostic ?

Oui, c’est la seule façon de confirmer la IgA Nephropathie avec certitude. Un simple test d’urine peut suggérer la maladie, mais seule la biopsie montre les dépôts d’IgA dans les glomérules. Elle permet aussi de déterminer le score MEST-C, qui aide à prédire le pronostic. C’est une procédure courante, sous anesthésie locale, avec un faible risque de saignement.

Les corticoïdes sont-ils encore utiles aujourd’hui ?

Oui, mais ils ne sont plus le premier choix pour tout le monde. Le Nefecon est maintenant préféré pour les patients à risque élevé, car il est plus ciblé et cause moins d’effets secondaires. Les corticoïdes systémiques sont encore utilisés, surtout si Nefecon n’est pas disponible ou trop cher. Ils sont aussi utiles pour les patients qui ne répondent pas aux autres traitements. Mais leur durée doit être limitée, et leur dose réduite progressivement pour éviter les effets à long terme.

Quelle est la différence entre Nefecon et les corticoïdes classiques ?

Nefecon agit localement dans l’intestin, là où les anticorps IgA anormaux sont produits. Il ne circule pas beaucoup dans le sang. Les corticoïdes classiques, eux, sont absorbés par tout le corps : ils affectent les os, la glycémie, la peau, le sommeil, et augmentent le risque d’infections. Nefecon réduit la protéinurie aussi bien que les corticoïdes, mais avec beaucoup moins d’effets secondaires. C’est pourquoi il est considéré comme une avancée majeure.

Les traitements comme le sparsentan ou les SGLT2i sont-ils remboursés en France ?

Le sparsentan est approuvé en Europe depuis juin 2024, et son remboursement est en cours d’évaluation par les autorités françaises. Les SGLT2i sont déjà remboursés pour les patients diabétiques, mais leur utilisation pour l’IgA Nephropathie hors diabète est encore en cours de validation. Les patients doivent souvent faire des demandes de prise en charge exceptionnelle. Le Nefecon n’est pas encore disponible en France en 2026, mais des essais sont en préparation.

Que faire si je ne peux pas me permettre les nouveaux traitements ?

Les traitements de base - RASi, contrôle de la pression artérielle, régime pauvre en sel et en protéines - restent très efficaces si bien suivis. Même sans Nefecon ou sparsentan, une bonne gestion de la protéinurie et de la tension peut ralentir la maladie pendant des années. Parlez à votre néphrologue : il peut vous orienter vers des programmes d’aide financière, des essais cliniques gratuits, ou des associations qui aident à négocier les remboursements.

Le régime alimentaire peut-il aider ?

Oui. Un régime pauvre en sel réduit la pression artérielle et la rétention d’eau. Une consommation modérée de protéines (0,8 g par kg de poids corporel) diminue la charge sur les reins. Évitez les aliments ultra-transformés, les charcuteries, les plats préparés. Mangez plus de légumes, de céréales complètes, et de fruits. Un diététicien spécialisé en néphrologie peut vous aider à construire un plan adapté. Ce n’est pas un traitement miracle, mais c’est un pilier essentiel.

Faut-il éviter les vaccins ou les infections ?

Au contraire. Les infections, surtout des voies respiratoires, déclenchent souvent les poussées de la maladie. Il est crucial de se faire vacciner contre la grippe, le pneumocoque et le COVID-19. Les vaccins ne déclenchent pas la maladie - ils la préviennent. Les patients avec IgA Nephropathie ne doivent pas éviter les vaccins. Ils doivent les adopter comme une partie de leur traitement quotidien.

Commentaires (11)

mathieu ali
  • mathieu ali
  • janvier 24, 2026 AT 03:48

Donc on va passer de 'on attend trois mois' à 'on balance tout le truc en même temps'... génial. Juste, qui va payer pour tout ça ? Moi j’ai déjà du mal à avoir un anti-hypertenseur remboursé, alors Nefecon à 125k$ ? 😅

Manon Friedli
  • Manon Friedli
  • janvier 26, 2026 AT 02:13

Je trouve ça fascinant comment la médecine évolue. En 20 ans, on est passés de 'on ne sait pas quoi faire' à 'on a 5 outils différents, mais lequel choisir ?' 😊

Nathalie Vaandrager
  • Nathalie Vaandrager
  • janvier 26, 2026 AT 08:06

Le changement de seuil de protéinurie à 0,5 g/jour est un vrai tournant, mais il faut aussi reconnaître que ce n’est pas réaliste pour tout le monde. Certains patients sont épuisés par les contraintes, les analyses, les médicaments. La qualité de vie ne doit pas être sacrifiée pour un chiffre. Ce n’est pas juste une maladie rénale, c’est une vie entière qui est affectée.

Et puis, les différences entre l’Asie et l’Occident montrent qu’il n’y a pas une seule vérité. La tonsillectomie au Japon, les traitements chinois... ça nous oblige à remettre en question notre dogme occidental. Peut-être qu’on a juste trop confiance dans la chimie, et pas assez dans la biologie locale.

Je connais une patiente qui a stabilisé sa maladie avec un régime, du repos, et un bon suivi psychologique. Elle ne prend aucun des nouveaux traitements. Et elle va bien. Alors oui, les données sont puissantes, mais la personne avant le protocole, toujours.

Olivier Haag
  • Olivier Haag
  • janvier 27, 2026 AT 18:45

je viens de lire ce truc et j'ai pleuré. j'ai un cousin qui est en dialyse depuis 3 ans et il a été diagnostiqué trop tard. les docteurs lui ont dit 'attendons' pendant 6 mois. 6 mois. il a perdu 60% de ses reins pendant qu'ils attendaient. et maintenant ils veulent qu'on prenne 4 médicaments à la fois ? j'espère qu'il aura accès à Nefecon avant qu'il perde tout. j'espère pour lui.

Colin Cressent
  • Colin Cressent
  • janvier 29, 2026 AT 10:10

La médecine moderne est une farce. On invente des traitements à 100 000 €, mais on ne peut pas soigner les gens avec du sel et du repos. 🤦‍♂️

Alexandre Z
  • Alexandre Z
  • janvier 30, 2026 AT 05:13

On a transformé une maladie en business model. Nefecon ? Sparsentan ? SGLT2i ? C’est pas un traitement, c’est une carte de fidélité pour Big Pharma. Et nous, on est les consommateurs qui paient en santé, en stress, en espoir. 😒

Louis Stephenson
  • Louis Stephenson
  • janvier 31, 2026 AT 19:57

Le truc cool, c’est qu’on commence à comprendre que la maladie ne se traite pas comme un bug dans un logiciel. On ne peut pas juste patcher les reins. Il faut adapter à la personne. Et c’est bien. Mais ça demande du temps. Et du temps, les médecins, ils en ont de moins en moins.

christophe gayraud
  • christophe gayraud
  • février 1, 2026 AT 01:32

Et si tout ça, c’était une vaste escroquerie ? Et si les nouveaux traitements ne marchaient pas mieux que le placebo ? Et si les études étaient payées par les laboratoires ? Et si la biopsie, c’était juste pour vendre plus de tests ? J’ai vu des patients qui ont perdu leur emploi à cause de tout ça. Pourquoi on ne parle jamais de ça ?

Andre Esin
  • Andre Esin
  • février 1, 2026 AT 17:48

Le guide KDIGO 2025 est un bon départ, mais il faut des outils pour les généralistes. Pas tous les patients vont chez un néphrologue. Si on veut que ça marche, il faut des alertes dans les dossiers médicaux, des fiches simples, des vidéos explicatives. La science avance, mais le terrain, il est encore en 2010.

jean-baptiste Latour
  • jean-baptiste Latour
  • février 3, 2026 AT 02:12

ALORS OUI ON PEUT GAGNER CONTRE LA MALADIE 😍🔥 Nefecon, SGLT2i, sparsentan - c’est comme un super-pouvoir pour les reins ! 💪 On peut faire mieux que survivre - on peut vivre ! 🙌 #IgANWarrior

Mats Schoumakers
  • Mats Schoumakers
  • février 3, 2026 AT 08:12

En Belgique, on a déjà des patients qui reçoivent Nefecon. En France ? On attend encore que les bureaucrates décident si c’est 'digne' d’être remboursé. Quelle honte. On a des médecins brillants, mais un système qui pue la lenteur. Et vous, vous vous plaignez de la file d’attente ? Essayez d’être malade ici.

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