Les médicaments biologiques sauvent des vies. Mais ils coûtent une fortune. Un traitement pour l’arthrite ou le cancer peut facilement atteindre 80 000 dollars par an aux États-Unis. Et pourtant, il existe une alternative moins chère - les biosimilaires. Ce ne sont pas des génériques classiques, mais des versions très similaires, approuvées par la FDA, qui peuvent réduire les coûts de plus de 50 %. Pourquoi, alors, tant de patients paient-ils encore le prix fort ? La réponse est complexe, et elle touche à la fois aux brevets, aux intermédiaires et à la méconnaissance.

Qu’est-ce qu’un biosimilaire ?

Un biosimilaire n’est pas un générique comme ceux que vous connaissez pour les comprimés d’ibuprofène. Les médicaments traditionnels sont fabriqués à partir de molécules chimiques simples, identiques à chaque dose. Les biologiques, eux, sont issus de cellules vivantes - des protéines complexes, parfois composées de plusieurs milliers d’atomes. C’est comme essayer de reproduire une montre suisse à l’identique avec des matériaux différents : on peut s’en rapprocher, mais on ne peut pas la copier parfaitement.

Les biosimilaires sont conçus pour être très similaires au médicament d’origine. Ils doivent prouver la même efficacité, la même sécurité et la même qualité. La FDA exige des essais cliniques rigoureux, mais pas autant que pour un nouveau médicament. C’est pourquoi leur développement coûte entre 100 et 250 millions de dollars - beaucoup moins que les 2 milliards nécessaires pour un biologique neuf, mais bien plus qu’un simple comprimé générique.

Combien coûtent vraiment les biologiques de marque ?

En 2025, un traitement de 30 jours pour un biologique de marque coûte en moyenne 2 104 dollars. Pour un patient souffrant d’une maladie chronique comme la maladie de Crohn ou le psoriasis, cela signifie plus de 25 000 dollars par an juste pour un médicament. Et ce prix ne comprend pas les frais d’administration, les visites médicales ou les tests de suivi.

Le cas le plus célèbre est Humira, un traitement contre les maladies auto-immunes. Avant l’arrivée des biosimilaires, son prix aux États-Unis était d’environ 80 000 dollars par an. En 2023, après l’expiration des brevets, plusieurs biosimilaires sont entrés sur le marché. En moins de deux ans, ils ont conquis 65 % du marché. Le prix a chuté - de 80 % pour certains. Sandoz a vendu son biosimilaire Hyrimoz à un prix 80 % inférieur à Humira, et il représente déjà 14 % des ventes.

Combien économisez-vous avec un biosimilaire ?

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En moyenne, un biosimilaire est vendu à 919 dollars pour un traitement de 30 jours, contre 2 104 pour le biologique d’origine. Cela représente une réduction de 56,3 %. Les patients paient en moyenne 23 % moins en frais à leur charge - ce qui peut faire la différence entre pouvoir continuer le traitement ou l’arrêter.

Les économies ne s’arrêtent pas là. Dès qu’un biosimilaire entre sur le marché, le prix du biologique d’origine baisse aussi. En moyenne, il chute de 25 à 33 %. C’est ce qu’on appelle l’effet de concurrence. Humira a vu son prix baisser de 30 % après l’arrivée des biosimilaires, même si la marque continue de vendre.

Depuis 2015, les biosimilaires ont déjà permis d’économiser entre 36 et 56 milliards de dollars dans le système de santé américain. En 2024 seulement, les économies se sont élevées à 12,4 à 20 milliards de dollars. Ces chiffres ne comprennent pas les économies indirectes : moins d’hospitalisations, moins de soins d’urgence, moins d’absentéisme au travail.

Deux figures dans un couloir hospitalier : l'une tenant un médicament coûteux, l'autre un biosimilaire lumineux, dans un décor de signes dollars vivants.

Pourquoi les biosimilaires ne sont-ils pas plus utilisés ?

La réponse n’est pas dans la science. Les biosimilaires sont sûrs. La FDA affirme qu’ils sont aussi efficaces que les médicaments d’origine. Le problème est dans le système.

Les grandes entreprises pharmaceutiques utilisent des stratégies pour bloquer la concurrence. Elles déposent des centaines de brevets mineurs - ce qu’on appelle des « patent thickets » - pour retarder l’entrée des biosimilaires. Certaines sociétés paient même les fabricants de biosimilaires pour qu’ils n’entrent pas sur le marché. C’est ce qu’on appelle un « paiement pour retarder ».

Les gestionnaires de prestations pharmaceutiques (PBMs) jouent aussi un rôle. Ils négocient des remises secrètes avec les fabricants de biologiques de marque. Plus le prix est élevé, plus la remise est grande. Alors, même si un biosimilaire est moins cher, les PBMs préfèrent les médicaments coûteux parce qu’ils touchent une plus grosse commission. C’est ce qu’on appelle un « mur de remises » - un système qui pénalise les économies réelles.

Les médecins, eux, ne sont pas toujours informés. Beaucoup pensent encore que les biosimilaires sont « moins bons ». Des études montrent que les patients qui passent d’un biologique à un biosimilaire n’ont pas plus d’effets secondaires. Mais la peur persiste.

Que changera-t-il d’ici 2030 ?

Le gouvernement américain a lancé un plan d’action pour les biosimilaires. La FDA travaille à simplifier les essais cliniques, ce qui réduira les coûts et accélérera l’approbation. Le ministère de la Santé est aussi en train de réformer les règles de remboursement pour encourager les prescripteurs à choisir les biosimilaires.

Les analystes de Evaluate Pharma prévoient que la part de marché des biosimilaires passera de 15-20 % aujourd’hui à 35-40 % d’ici 2030. Si cela se produit, les économies annuelles pourraient atteindre 125 milliards de dollars. Ce n’est pas une utopie. C’est ce qui s’est passé avec les génériques classiques : en 2023, ils représentaient 90 % des prescriptions, mais seulement 13 % des dépenses totales.

Le vrai défi, c’est de faire en sorte que ces économies profitent aux patients, et non aux intermédiaires. Les biosimilaires ne sont pas une solution miracle, mais ils sont la meilleure arme que nous ayons pour rendre les traitements de pointe accessibles à tous.

Une main corporelle serre des brevets vivants, tandis que des patients tentent de s'échapper sous forme de pilules, dans un fond de visages hurlants.

Que faire si vous prenez un biologique ?

Si vous ou un proche suivez un traitement biologique coûteux, posez ces questions à votre médecin ou à votre pharmacien :

  1. Existe-t-il un biosimilaire approuvé pour mon traitement ?
  2. Est-ce que mon assurance couvre le biosimilaire ?
  3. Quelle est la différence de prix entre le biologique et le biosimilaire ?
  4. Est-ce que mon médecin est à l’aise avec le changement ?

Ne laissez pas la peur ou l’ignorance vous empêcher d’économiser des milliers de dollars par an. Les biosimilaires ne sont pas une version « low cost » : ce sont des médicaments validés, sûrs, et beaucoup plus abordables.

Les biosimilaires vont-ils remplacer les biologiques ?

Non. Ils ne les remplaceront pas. Mais ils vont les rendre accessibles. Les biologiques resteront indispensables pour traiter les maladies complexes. Les biosimilaires, eux, vont permettre à des millions de patients de les utiliser sans ruiner leur budget.

Le vrai progrès, ce n’est pas d’avoir un seul médicament coûteux. C’est d’avoir plusieurs options, à des prix raisonnables. Et c’est là que le système doit changer : de la dépendance à un seul produit, à la liberté de choisir le meilleur rapport qualité-prix.

En 2026, le prix d’un traitement ne devrait plus être une question de chance ou de richesse. Il devrait être une question de politique, d’éthique et de bon sens. Les biosimilaires sont prêts. Le système, lui, doit encore se réveiller.

Commentaires (5)

Mathieu MARCINKIEWICZ
  • Mathieu MARCINKIEWICZ
  • janvier 13, 2026 AT 02:48

Franchement, j’ai jamais compris pourquoi on paye 80k pour un médicament alors qu’on pourrait en avoir un à moitié prix… les gens ont peur du biosimilaire comme si c’était du bidon, mais c’est validé par la FDA ! 😅

André Dellara
  • André Dellara
  • janvier 13, 2026 AT 14:54

Il convient de souligner, avec une grande rigueur, que les biosimilaires, bien qu’ils présentent une similarité clinique remarquable, ne constituent pas une copie conforme, mais une version thérapeutiquement équivalente, soumise à des normes d’approbation strictes, et dont l’adoption systématique pourrait, à terme, réduire considérablement les dépenses publiques de santé. Merci pour cet article éclairant.

Jacque Meredith
  • Jacque Meredith
  • janvier 13, 2026 AT 20:38

Les gens qui hésitent à passer au biosimilaire, c’est juste de la lâcheté. Vous préférez ruiner votre compte en banque pour un nom qu’on connaît ?

Yannick Lebert
  • Yannick Lebert
  • janvier 14, 2026 AT 16:08

Les PBMs qui paient les grands labs pour bloquer les biosimilaires… ouais, parce que bien sûr, c’est pas comme si le système de santé était un casino. 😏

Claire Macario
  • Claire Macario
  • janvier 14, 2026 AT 16:21

Je me demande si ce n’est pas là une métaphore plus large de notre société : on valorise la marque plutôt que la substance, le nom plutôt que l’efficacité. Et pourtant, quand on regarde les chiffres, la logique est là, simple, évidente… mais on la ignore parce qu’elle dérange les intérêts. C’est triste.

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