Vous prenez plusieurs médicaments ? Vous avez oublié de dire à votre médecin que vous prenez un supplément vitaminique ou une herbe naturelle ? Vous n’êtes pas seul. Près de 68 % des patients ne mettent pas à jour leur liste de médicaments après une sortie d’hôpital. Et pourtant, une simple erreur de ce type peut entraîner une réaction dangereuse, une hospitalisation, voire la mort.

Les erreurs médicamenteuses sont l’une des causes les plus fréquentes de blessures évitables dans les soins de santé. Aux États-Unis, elles sont responsables de près de 7 000 décès par an. En France, les chiffres sont similaires, même si les données nationales sont moins systématiquement recensées. La bonne nouvelle ? La plupart de ces erreurs peuvent être évitées avec une simple liste de médicaments bien tenue.

Qu’est-ce qu’une liste de médicaments complète ?

Une bonne liste de médicaments ne se limite pas aux comprimés prescrits par votre médecin. Elle doit inclure :

  • Tous les médicaments sur ordonnance (nom générique et nom commercial)
  • Tous les médicaments sans ordonnance (par exemple, l’ibuprofène, le paracétamol, les antihistaminiques)
  • Les vitamines, minéraux et suppléments (comme la vitamine D, le magnésium, l’huile de poisson)
  • Les remèdes à base de plantes (comme la valériane, le ginseng, l’hypericum)
  • La dose exacte (ex. : 500 mg, 10 mg)
  • La fréquence (ex. : une fois par jour, deux fois par semaine)
  • La voie d’administration (par voie orale, par injection, en crème, en inhalateur)
  • La raison pour laquelle vous le prenez (ex. : « pour la tension », « pour les douleurs articulaires »)
  • Le nom du médecin ou du pharmacien qui l’a prescrit
  • Vos allergies et réactions connues (ex. : « urticaire après la pénicilline »)

Un patient sur deux oublie de mentionner un supplément ou un médicament en vente libre. Pourtant, l’huile d’olive peut interagir avec les anticoagulants, et l’hypericum peut annuler l’effet des pilules contraceptives. Même un « petit » complément peut avoir de grandes conséquences.

Comment créer votre liste pour la première fois

Prenez une journée tranquille. Pas besoin de pression. Voici comment procéder :

  1. Prenez tous vos médicaments - ceux dans votre armoire, votre sac à main, votre salle de bain. Mettez-les sur la table.
  2. Prenez une feuille ou ouvrez une note sur votre téléphone. Pour chaque médicament, notez les 7 éléments mentionnés ci-dessus.
  3. Regardez les étiquettes. Elles contiennent souvent la dose et la fréquence. Si vous ne comprenez pas, prenez une photo et demandez à votre pharmacien.
  4. Ne laissez rien de côté. Même les crèmes, gouttes ou patchs.
  5. Si vous ne vous souvenez pas pourquoi vous prenez un médicament, notez « inconnu » et demandez à votre médecin lors de votre prochaine visite.

Le temps nécessaire ? Environ 45 à 60 minutes pour une personne prenant 5 à 10 médicaments. C’est une heure investie qui peut vous sauver la vie.

Les formats : papier, application ou portail en ligne ?

Il n’y a pas de format « parfait ». Ce qui compte, c’est ce qui fonctionne pour vous.

Papier : Simple, fiable, pas besoin de batterie. Le modèle « My Medicines » de la FDA est gratuit et facile à imprimer. Il inclut des sections pour les allergies et les contacts d’urgence. Le problème ? Il devient vite obsolète. Une étude de 2022 a montré que 43 % des listes papier sont à jour depuis plus de 6 mois.

Applications mobiles : Des apps comme Medisafe, MyTherapy ou CareZone permettent de scanner les boîtes, de recevoir des rappels, et de partager la liste avec votre famille ou votre médecin. Elles réduisent les oublis de prise de médicaments de 28 %. Mais seulement 35 % des personnes de plus de 65 ans les utilisent régulièrement. Si vous n’êtes pas à l’aise avec les smartphones, ce n’est pas la solution idéale.

Portails en ligne (MyChart, Doctolib, etc.) : De plus en plus d’hôpitaux et de médecins intègrent votre liste de médicaments dans votre dossier médical en ligne. Vous pouvez la consulter, la mettre à jour, et la partager avec vos soignants. Mais cela ne fonctionne que si votre médecin utilise le même système que vous. Et si vous changez de médecin ? Votre liste risque de rester coincée dans un système fermé.

La meilleure approche ? Une combinaison. Utilisez une application pour les rappels et les mises à jour quotidiennes, mais imprimez une version papier que vous gardez dans votre portefeuille ou votre sac. En cas d’urgence, les secouristes regardent d’abord votre portefeuille.

Urgence hospitalière avec des comprimés fantômes qui gouttent du sang, dans un style Junji Ito.

Quand et comment la mettre à jour

Une liste de médicaments inutilisée est pire qu’aucune liste - elle donne une fausse sécurité.

Voici les moments clés pour la vérifier :

  • Après chaque sortie d’hôpital
  • Après chaque visite chez un nouveau médecin
  • Chaque fois que vous commencez, arrêtez ou changez un médicament
  • Avant chaque chirurgie ou examen avec anesthésie
  • Une fois par an, lors de votre bilan de santé

Conseil pratique : Faites de la mise à jour un rituel. Par exemple, chaque dimanche soir, quand vous organisez vos piluliers, vérifiez votre liste. Ou utilisez les changements de saison comme rappel - « À chaque changement d’heure, je vérifie mes médicaments ».

Le « brown bag method » est très efficace : chaque fois que vous allez chez le médecin, apportez tous vos médicaments dans un sac en tissu. Le médecin ou le pharmacien les compare à votre liste. Cela permet de détecter les doublons, les doses incorrectes, ou les médicaments que vous avez arrêtés sans le dire.

Les erreurs à éviter

Voici les pièges les plus courants :

  • Ne pas inclure les suppléments : 60 % des erreurs viennent de ce qu’on oublie de mentionner.
  • Utiliser des noms commerciaux seulement : « Lorsque j’ai dit « Aulin », le médecin a cru que c’était un anti-inflammatoire, alors que c’était un complément à base de curcuma. » - Témoignage d’un patient.
  • Ne pas noter la raison : Si vous ne savez pas pourquoi vous prenez un médicament, votre médecin ne peut pas savoir s’il est encore utile.
  • Ne pas partager la liste : Une liste dans votre téléphone, c’est bien. Une liste que personne ne voit, c’est inutile.
  • Se fier uniquement à la mémoire : Les études montrent que les patients se trompent sur 56 % des médicaments qu’ils disent prendre.

Un cas réel : Une patiente de 72 ans a été admise en urgence pour un saignement interne. Elle avait arrêté son anticoagulant 3 mois plus tôt, mais n’avait pas mis à jour sa liste. Le médecin a prescrit un nouveau traitement anticoagulant, ignorant qu’elle l’avait déjà arrêté. Résultat : un risque de mort évitable.

Portefeuille ouvert révélant une liste de médicaments vivante et horrifique, style manga d'horreur.

Les ressources gratuites et utiles

Vous n’avez pas besoin de payer pour une bonne liste de médicaments.

  • Le modèle « My Medicines » de la FDA : téléchargeable gratuitement en français sur le site de l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament).
  • Les feuilles de suivi de l’AHA : disponibles sur le site de la Fédération Française de Cardiologie.
  • Les services de gestion thérapeutique : votre pharmacien peut vous aider à faire le point sur vos médicaments. Ce service est pris en charge par la Sécurité Sociale depuis 2011.
  • Doctolib : vous pouvez créer une liste de médicaments dans votre espace patient, et la partager avec vos médecins.

Si vous êtes aidant pour un proche âgé, aidez-le à créer sa liste. Ne laissez pas la charge de la sécurité médicamenteuse reposer uniquement sur lui.

Et si vous prenez plus de 5 médicaments ?

La polypharmacie (prise de 5 médicaments ou plus) augmente le risque d’interactions. Les personnes concernées sont les plus à risque, mais aussi les plus bénéficiaires d’une bonne gestion.

Des études montrent que les patients qui tiennent une liste à jour ont 31 % moins d’événements indésirables liés aux médicaments. Si vous êtes dans ce cas :

  • Demandez à votre médecin de faire une « réconciliation médicamenteuse » tous les 6 mois.
  • Proposez de faire une visite avec votre pharmacien, qui peut repérer les doublons ou les traitements obsolètes.
  • Demandez si certains médicaments peuvent être remplacés par des alternatives plus simples.
  • Privilégiez les prescriptions de 90 jours au lieu de 30 - cela réduit les risques d’erreurs de prise et de renouvellement.

Le Dr Scott Gottlieb, ancien directeur de la FDA, a dit : « La liste de médicaments la plus précise est l’outil le plus important pour prévenir les effets indésirables chez les patients sous polypharmacie. »

Conclusion : une liste, c’est une protection

Une liste de médicaments n’est pas un simple papier. C’est une bouée de sauvetage. Elle protège vos proches, vos médecins, vos pharmaciens - et surtout, elle vous protège vous.

Vous n’avez pas besoin d’être parfait. Vous n’avez pas besoin d’une application high-tech. Vous avez juste besoin de commencer. Prenez 10 minutes ce soir. Notez ce que vous prenez. Mettez ça dans votre portefeuille. Et faites-le savoir à quelqu’un.

Parce qu’un médicament oublié peut coûter cher. Mais une liste oubliée peut coûter la vie.

Dois-je inclure les vitamines et les suppléments dans ma liste de médicaments ?

Oui, absolument. Les vitamines, les minéraux, les herbes et les suppléments peuvent interagir avec vos médicaments prescrits. Par exemple, la vitamine K peut réduire l’effet des anticoagulants comme la warfarine, et l’hypericum peut annuler l’efficacité des pilules contraceptives ou des antidépresseurs. Même un « petit » complément peut avoir des conséquences graves. Notez toujours le nom exact, la dose et la raison pour laquelle vous le prenez.

Comment faire si je ne me souviens pas du nom de mon médicament ?

Prenez une photo de la boîte ou du comprimé. Les pharmacies peuvent identifier les médicaments à partir d’images. Vous pouvez aussi apporter les boîtes à votre médecin ou à votre pharmacien. Si vous ne pouvez pas les trouver, notez la couleur, la forme, les inscriptions (ex. : « 500 » ou « A12 »). Même ces détails peuvent aider un professionnel à retrouver le nom exact.

Puis-je utiliser une application pour gérer ma liste de médicaments ?

Oui, mais avec prudence. Les applications comme Medisafe ou MyTherapy sont utiles pour les rappels et les mises à jour. Mais elles ne remplacent pas une version papier que vous pouvez montrer en urgence. Vérifiez que l’application permet de télécharger ou d’imprimer votre liste. Évitez les apps qui ne permettent pas de partager vos données facilement. Et n’oubliez pas : si vous ne l’utilisez pas régulièrement, elle devient inutile.

Qui doit avoir accès à ma liste de médicaments ?

Votre médecin traitant, votre pharmacien, et au moins un proche de confiance (un enfant, un voisin, un ami). En cas d’urgence, les secouristes ne savent pas qui vous êtes - ils regardent vos affaires. Gardez une copie dans votre portefeuille, votre sac, ou sur votre téléphone avec un accès rapide. Si vous vivez seul, donnez une copie à votre pharmacien : ils peuvent la garder en sécurité et la transmettre en cas d’urgence.

Comment faire si je change de médecin ou d’hôpital ?

Apportez toujours votre liste avec vous - même si on vous demande de la « refaire ». Ne laissez jamais quelqu’un d’autre la recopier à partir de votre mémoire. Apportez aussi les boîtes de médicaments si possible. Votre nouvelle équipe médicale a besoin de voir ce que vous prenez réellement, pas ce que vous pensez prendre. C’est la seule façon d’éviter les doublons, les interactions et les erreurs.

Commentaires (12)

Alexandra Marie
  • Alexandra Marie
  • janvier 3, 2026 AT 11:13

Je viens de refaire ma liste après une sortie d’hôpital. J’avais oublié la valériane. Mon cardiologue a failli me prescrire un bétabloquant qui aurait pu me faire planter. Merci pour ce rappel.

andreas klucker
  • andreas klucker
  • janvier 3, 2026 AT 16:10

La réconciliation médicamenteuse est un processus clinique standardisé qui réduit les erreurs d’administration de 41 % selon les données de l’OMS 2023. La documentation systématique est un pilier de la sécurité pharmacothérapeutique.

Brittany Pierre
  • Brittany Pierre
  • janvier 3, 2026 AT 23:40

JE VIENS DE FAIRE MA LISTE EN 20 MINUTES ET J’AI DÉCOUVERT QUE J’AVAIS 3 DOUBLONS !!!! J’AI ARRÊTÉ UN ANTIDEPRESSEUR EN JANVIER MAIS J’AI CONTINUÉ À LE PRENDRE PAR HABITUDE 😱 Merci pour ce post, j’ai failli me faire hospitaliser par négligence !

Valentin PEROUZE
  • Valentin PEROUZE
  • janvier 4, 2026 AT 15:31

Vous croyez que c’est pour votre sécurité ? Non. C’est pour que les laboratoires puissent vous vendre des tests coûteux pour vérifier les interactions. Les vrais dangers ? Les médicaments à 200€ la boîte que les mutuelles refusent de rembourser. La liste ? Un leurre. Le système est corrompu.

Joanna Magloire
  • Joanna Magloire
  • janvier 6, 2026 AT 08:09

Je garde la mienne dans mon sac à main. Un petit papier plié. Pas besoin de tech. 😊

Raphael paris
  • Raphael paris
  • janvier 7, 2026 AT 15:06

Personne ne lit ces listes. Les médecins ont 7 minutes par patient. Vous croyez que quelqu’un va vérifier votre valériane ?

Emily Elise
  • Emily Elise
  • janvier 9, 2026 AT 09:25

Vous êtes des amateurs. J’ai créé une application qui synchronise ma liste avec tous mes médecins, ma pharmacie, et mon assistant vocal. Si vous ne faites pas ça, vous êtes irresponsables. Arrêtez de vous cacher derrière du papier.

Jeanne Noël-Métayer
  • Jeanne Noël-Métayer
  • janvier 10, 2026 AT 20:17

Vous oubliez les interactions pharmacogénétiques. Le CYP2D6 et le CYP3A4 sont des isoenzymes hépatiques critiques. L’hypericum induit la CYP3A4, ce qui diminue la biodisponibilité des statines et des contraceptifs œstro-progestatifs. Sans analyse génétique préalable, votre liste est une illusion de sécurité.

Antoine Boyer
  • Antoine Boyer
  • janvier 11, 2026 AT 12:54

Merci pour cette contribution extrêmement bien structurée et rigoureuse. La mise à jour systématique des traitements constitue un pilier fondamental de la qualité des soins, tant sur le plan éthique que clinique. Il est impératif que chaque patient soit activement impliqué dans la gestion de son parcours thérapeutique.

fleur challis
  • fleur challis
  • janvier 12, 2026 AT 09:00

Et si je vous disais que les listes de médicaments sont un piège pour les personnes âgées ? Les hôpitaux les utilisent pour justifier des hospitalisations inutiles. J’ai vu ma mère se faire prescrire 12 nouveaux médicaments parce qu’elle avait mentionné qu’elle prenait du magnésium. C’est un système de contrôle, pas de soin.

Dani Kappler
  • Dani Kappler
  • janvier 13, 2026 AT 21:19

Et si on arrêtait de faire des listes et qu’on arrêtait de prendre des médicaments ? La vraie solution, c’est le jeûne intermittent et l’huile de CBD. Tout le reste, c’est de la manipulation pharmaceutique.

Rachel Patterson
  • Rachel Patterson
  • janvier 14, 2026 AT 09:23

La méthodologie présentée est insuffisamment rigoureuse. Aucune référence à l’OMS-UDS (Unified Drug Schema) n’est fournie. De plus, l’absence de validation par un pharmacien clinicien rend la liste potentiellement non conforme aux normes ISO 13485 pour la traçabilité des dispositifs médicaux.

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