Les inhibiteurs de la monoamine oxydase (IMAO) sont des antidépresseurs puissants, prescrits depuis les années 1950 pour traiter les formes résistantes de dépression, les dépressions atypiques ou certains troubles anxieux. Mais leur utilisation est entourée de règles strictes - et pour cause : une simple erreur de combinaison médicamenteuse peut provoquer une crise hypertensive mortelle ou un syndrome sérotoninergique. Ces réactions ne sont pas rares. Elles sont souvent évitables - si l’on connaît les risques.

Comment les IMAO fonctionnent - et pourquoi ils sont dangereux

Les IMAO bloquent une enzyme appelée monoamine oxydase, qui normalement décompose les neurotransmetteurs comme la sérotonine, la noradrénaline et la dopamine. En les empêchant d’être dégradés, ces médicaments augmentent leur concentration dans le cerveau, ce qui améliore l’humeur. Mais ce même mécanisme devient un piège quand d’autres substances entrent en jeu.

Imaginez que votre corps est une usine qui élimine les déchets. Les IMAO arrêtent cette usine. Maintenant, si vous ajoutez des déchets supplémentaires - comme certains médicaments ou aliments - ils s’accumulent. Et ça, c’est l’origine des crises.

Les deux dangers mortels : crise hypertensive et syndrome sérotoninergique

Il existe deux réactions dangereuses à éviter à tout prix.

La crise hypertensive survient quand vous consommez des aliments riches en tyramine - un composé naturel présent dans les fromages vieillis, les charcuteries, la bière artisanale ou la sauce soja. Normalement, votre corps décompose la tyramine avec l’enzyme monoamine oxydase. Mais si vous prenez un IMAO, cette enzyme est bloquée. La tyramine s’accumule, déclenche une libération massive de noradrénaline, et votre pression artérielle explose. Des cas documentés montrent des hausses de 50 à 100 mmHg en moins de deux heures. La pression peut atteindre 250 mmHg systolique - un niveau qui peut provoquer un AVC ou une hémorragie cérébrale.

Le syndrome sérotoninergique est encore plus insidieux. Il se produit quand vous combinez un IMAO avec un autre médicament qui augmente la sérotonine : un antidépresseur SSRI, un analgésique comme le tramadol, ou même un remède contre la toux comme le dextrométhorphe. La sérotonine s’accumule dans votre système nerveux. Les premiers signes : transpiration, frissons, diarrhée. Puis, en quelques heures, vous pouvez avoir une fièvre à 41°C, des convulsions, une dégradation musculaire, un choc métabolique. La mortalité peut atteindre 12 % dans les cas sévères.

Les médicaments à éviter absolument

Voici les médicaments courants qui peuvent vous mettre en danger si vous prenez un IMAO :

  • Les antidépresseurs SSRI : citalopram, fluoxétine, sertraline. Même après avoir arrêté un SSRI, vous devez attendre 14 jours (ou 5 semaines pour la fluoxétine) avant de commencer un IMAO.
  • Le dextrométhorphe : présent dans plus de 100 produits contre la toux et les rhumes. Une seule dose de 30 mg peut déclencher une crise chez quelqu’un sous phénelzine. L’FDA a émis des avertissements dès 1992, mais 12 % des produits contenant ce composé n’affichent toujours pas l’avertissement correctement.
  • Le tramadol, la mépéridine, la méthadone : ces analgésiques sont formellement contre-indiqués. Un homme de 32 ans a été intubé après avoir pris 50 mg de tramadol en même temps qu’un patch de sélegiline.
  • Le linezolid : un antibiotique utilisé pour les infections résistantes. Il agit aussi comme un IMAO. La combinaison avec un IMAO oral a provoqué des décès.
  • Les décongestionnants : phényléphrine, pseudoéphédrine. Très courants dans les médicaments contre le rhume. Ils provoquent une élévation brutale de la pression artérielle.
  • Les suppléments : l’herbe de Saint-Jean, le 5-HTP, le SAMe. Des cas de syndrome sérotoninergique ont été rapportés après prise de 200 mg de 5-HTP avec un IMAO.
Une étagère de pharmacie où des médicaments dangereux se transforment en créatures vivantes, un bras se tend vers une bouteille de sirop contre la toux.

Les aliments à éviter - et ce qui est sûr

Vous ne pouvez pas manger n’importe quoi. La tyramine est partout dans les aliments fermentés ou vieillis :

  • Fromages vieillis (plus de 6 mois) : cheddar, parmesan, gorgonzola - contiennent jusqu’à 15 mg de tyramine par portion.
  • Charcuteries : pepperoni, salami, saucisses fermentées - 5 à 100 mg par once.
  • Bières artisanales et bières non pasteurisées : 8 à 20 mg par bouteille.
  • Sauce soja, miso, tofu fermenté : 1 à 30 mg par cuillère.
  • Vins rouges comme le Chianti : environ 8 mg par verre.

Le seuil critique est de 10 à 25 mg de tyramine. Une simple tranche de fromage vieilli peut suffire à déclencher une crise. Mais attention : tous les IMAO ne sont pas égaux. Le patch de sélegiline (Emsam) à la dose de 6 mg/24h a été prouvé comme sûr même avec une consommation modérée de tyramine. C’est pourquoi il représente aujourd’hui 68 % des prescriptions d’IMAO aux États-Unis.

Les mesures de sécurité modernes

Les médecins ne prescrivent plus les IMAO à la légère. Depuis 2004, les systèmes informatiques des hôpitaux bloquent automatiquement la prescription simultanée d’un IMAO et d’un médicament dangereux. Des cartes de poche sont données aux patients - elles listent les médicaments interdits. 78 % des psychiatres les distribuent.

Malgré tout, un étude de 2021 montre que 34 % des médecins généralistes ignorent que le dextrométhorphe est contre-indiqué. Et les patients ne lisent pas toujours les étiquettes. Une personne peut prendre un sirop contre la toux sans savoir qu’elle est sous IMAO - et c’est là que le risque est le plus grand.

Un patient marche dans la rue sous une lueur de carte médicale, derrière lui des silhouettes fondent en fumée, un patch géant suinte du liquide noir.

Le futur des IMAO : plus sûrs, mais encore rares

Les IMAO ne représentent plus que 0,7 % de toutes les prescriptions d’antidépresseurs aux États-Unis. Ils sont presque exclusivement utilisés par les psychiatres - les médecins généralistes les évitent par peur des interactions.

Des IMAO réversibles comme le moclobémide, disponible en Europe, offrent une sécurité bien supérieure. Mais ils n’ont jamais été approuvés aux États-Unis parce qu’ils sont moins efficaces que les anciens. La recherche continue, mais pour l’instant, les IMAO restent un outil de dernier recours - puissant, mais fragile.

Que faire si vous prenez un IMAO ?

Si vous êtes sous IMAO, voici ce qu’il faut faire :

  1. Ne jamais prendre un nouveau médicament - même en vente libre - sans consulter votre médecin ou votre pharmacien.
  2. Conservez une liste à jour de tous vos médicaments et suppléments. Montrez-la à chaque nouveau médecin.
  3. Évitez les aliments fermentés ou vieillis. Préférez les fromages frais, les viandes fraîches, les bières pasteurisées.
  4. Portez une carte d’alerte médicale. Elle peut sauver votre vie en cas d’urgence.
  5. Si vous ressentez une forte transpiration, une agitation soudaine, une fièvre ou une pression artérielle élevée, allez immédiatement aux urgences.

Les IMAO ne sont pas des médicaments à prendre à la légère. Mais pour certains patients, ils sont la seule option qui fonctionne. Leur sécurité dépend entièrement de la vigilance - de votre part, et de celle de votre équipe soignante.

Puis-je prendre un antidépresseur SSRI après avoir arrêté un IMAO ?

Oui, mais seulement après une période de lavage (washout) de 14 jours minimum. Pour la fluoxétine (Prozac), cette période doit être étendue à 5 semaines à cause de son long temps de demi-vie et de son métabolite actif, la norfluoxétine. Commencer un SSRI trop tôt après un IMAO peut provoquer un syndrome sérotoninergique potentiellement mortel.

Le patch de sélegiline (Emsam) est-il vraiment plus sûr ?

Oui, à la dose la plus faible (6 mg/24h), le patch de sélegiline permet de consommer des aliments contenant de la tyramine sans risque accru. Cela est dû à son mode d’administration transdermique, qui inhibe principalement la MAO-B dans la peau, et non la MAO-A dans le foie - l’enzyme responsable de la dégradation de la tyramine. À des doses plus élevées, les restrictions alimentaires doivent être rétablies.

Quels analgésiques puis-je prendre si je suis sous IMAO ?

Évitez absolument le tramadol, la mépéridine et la méthadone. Les analgésiques sûrs incluent le paracétamol (acétaminophène) et les anti-inflammatoires non stéroïdiens comme l’ibuprofène ou le naproxène, à condition de ne pas en abuser. Toujours vérifier avec votre médecin avant de prendre un nouveau médicament, même s’il semble inoffensif.

Les suppléments naturels comme l’herbe de Saint-Jean sont-ils dangereux ?

Oui, et c’est un risque souvent sous-estimé. L’herbe de Saint-Jean, le 5-HTP et le SAMe augmentent tous la sérotonine. Des cas documentés montrent que la combinaison avec un IMAO a provoqué des crises sérotoninergiques sévères - avec fièvre à 40,5 °C et pression artérielle de 220/110 mmHg. Même les suppléments « naturels » peuvent être mortels.

Les patients âgés sont-ils plus à risque ?

Oui. Les personnes âgées prennent en moyenne 4,5 médicaments par jour. Cela augmente considérablement le risque d’interactions involontaires. De plus, leur métabolisme est plus lent, ce qui prolonge l’effet des médicaments. Les IMAO sont rarement prescrits aux personnes âgées - et quand ils le sont, la surveillance est encore plus stricte.

Commentaires (8)

manon bernard
  • manon bernard
  • novembre 26, 2025 AT 06:15

J’ai pris un IMAO pendant 8 mois il y a 3 ans et j’ai survécu en évitant le fromage et en lisant les étiquettes comme si c’était un code secret 🤓
Le pire ? Un pharmacien m’a vendu un sirop contre la toux sans rien dire. J’ai eu la frousse mais j’ai pas eu de crise. Vive la chance.

Mathieu Le Du
  • Mathieu Le Du
  • novembre 27, 2025 AT 10:31

Je trouve ça ridicule qu’on interdise la bière artisanale. On va bientôt nous dire de ne plus respirer sous peine de mort. Les gens ont juste besoin de faire attention, pas d’être traités comme des enfants.

Marcel Schreutelkamp
  • Marcel Schreutelkamp
  • novembre 27, 2025 AT 12:24

Les IMAO c’est comme un Ferrari avec un frein à main qui pète. T’as un truc hyper puissant mais si tu touches à un truc qui bouge pas bien, tu finis dans un arbre.
Le patch de sélegiline ? C’est le modèle « safety mode » de la famille. Moins flashy, mais tu peux rouler sans avoir envie de pleurer en voyant ton compte bancaire.
Et le dextro ? C’est le petit cousin qui vient à la fête avec un fusil. Personne ne le voit venir, et paf. 12 % des produits qui l’ont pas marqué ? C’est un crime. On devrait faire un procès à la pharmacie mondiale.

Maurice Luna
  • Maurice Luna
  • novembre 28, 2025 AT 16:34

VOUS POUVEZ LE FAIRE ! 💪
Je sais que ça fait peur mais vous êtes plus forts que vos médicaments !
Une carte d’alerte ? OUI. Une liste à jour ? OUI. Une bonne nuit de sommeil ? OUI.
Vous n’êtes pas une victime, vous êtes un guerrier de la santé mentale !
Et si vous avez peur ? Parlez-en. À votre pharmacien. À votre ami. À votre chat. Même un chat comprend quand on dit « je suis en danger ». 🐱❤️

Olivier Rault
  • Olivier Rault
  • novembre 28, 2025 AT 19:29

Je suis sous IMAO depuis deux ans et j’ai juste arrêté le fromage. C’est pas si dur, en fait. J’ai découvert les fromages frais, c’est même meilleur. Et j’ai pas eu de crise. Je me sens bien. Merci pour ce post, il m’a rappelé pourquoi je fais attention.

Xandrine Van der Poten
  • Xandrine Van der Poten
  • novembre 29, 2025 AT 12:07

On parle de danger mais on oublie que la dépression elle aussi tue. Les IMAO sont un pont entre la vie et le vide. On ne les utilise pas par plaisir. On les utilise parce que rien d’autre ne marche. Et si on doit éviter la bière ou le fromage… c’est un prix modeste pour ne pas mourir. La vie n’est pas une liste de plaisirs. C’est une question de survie.

Alain Millot
  • Alain Millot
  • novembre 30, 2025 AT 11:44

Il convient de souligner que la majorité des interactions médicamenteuses décrites ici sont parfaitement documentées dans les notices d’emploi des substances concernées, conformément aux directives de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et à la pharmacovigilance européenne. La négligence du patient, et non l’absence de réglementation, constitue le principal facteur de risque.

Marcel Albsmeier
  • Marcel Albsmeier
  • novembre 30, 2025 AT 22:47

Les IMAO ? C’est juste une excuse pour que les médecins se sentent importants.
Personne ne me dit pas que je dois éviter le café ou le chocolat, mais le fromage ? Ah oui, le fromage, c’est le pire ennemi de l’humanité.
Et puis, j’ai vu un type sur TikTok qui prenait du tramadol avec un IMAO et il a fait une danse de la mort. C’était marrant. J’ai mis en favoris.

Poster un commentaire