Calculateur de risque de prolongation du QT

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Quand un antipsychotique est prescrit avec un autre médicament qui allonge l’intervalle QT, le risque d’arythmie cardiaque mortelle ne double pas - il peut être multiplié par cinq. Ce n’est pas une hypothèse théorique. C’est une réalité clinique vécue chaque semaine dans les hôpitaux et les cabinets de soins primaires. Entre 2010 et 2022, plus de 128 cas de torsades de pointes, une arythmie potentiellement fatale, ont été directement liés à la combinaison d’antipsychotiques avec d’autres médicaments affectant le rythme cardiaque. Et pourtant, cette interaction reste largement sous-estimée, voire ignorée, dans la pratique courante.

Qu’est-ce que l’intervalle QT et pourquoi cela compte-t-il ?

L’intervalle QT mesure le temps que le cœur met pour se reposer entre deux battements. Il est visible sur un électrocardiogramme (ECG), entre le début du complexe QRS et la fin de l’onde T. Quand cet intervalle est trop long - au-delà de 450 ms chez les hommes et 460 ms chez les femmes - le cœur devient instable. Il peut alors entrer en torsades de pointes, un type de fibrillation ventriculaire qui provoque des battements désordonnés, une perte de conscience, et souvent, la mort si elle n’est pas traitée dans les secondes.

Plus de 70 % des antipsychotiques courants bloquent le canal hERG, une protéine essentielle pour le bon fonctionnement électrique du cœur. Ce blocage ralentit la repolarisation, ce qui allonge l’intervalle QT. Ce n’est pas un effet secondaire mineur. C’est une modification fondamentale de l’électrophysiologie cardiaque. Et quand on ajoute un autre médicament avec le même mécanisme - comme un antibiotique de la famille des fluoroquinolones, un antiémétique comme l’ondansétron, ou même un antiarythmique comme le sotalol - les effets ne s’ajoutent pas simplement. Ils se multiplient.

Quels antipsychotiques sont les plus dangereux ?

Tous les antipsychotiques ne sont pas égaux en termes de risque cardiaque. Certains sont de véritables pièges. Le thioridazine, bien qu’interdit aux États-Unis depuis 2005, est encore utilisé dans certains pays. Il bloque le canal hERG avec une puissance extrême (IC50 de 0,04 μM) et multiplie le risque de mort subite par 7,8. Il n’est plus prescrit en France, mais d’autres médicaments le sont encore.

Les antipsychotiques à haut risque incluent aussi le ziprasidone et le halopéridol. Le ziprasidone a reçu une alerte de la FDA en raison de son potentiel arrhythmogène. Le halopéridol, souvent utilisé pour les crises psychotiques aiguës, augmente le risque de mort subite de 83 % par rapport à un non-utilisateur.

Les antipsychotiques à risque modéré - comme le quetiapine, le risperidone et l’olanzapine - sont les plus prescrits. En 2023, le quetiapine a été prescrit plus de 24 millions de fois aux États-Unis. Pourtant, il prolonge l’intervalle QT de 20 à 30 ms en moyenne. Quand on le combine avec un antibiotique comme la ciprofloxacine, l’augmentation peut atteindre 130 ms en moins de 72 heures, comme l’a rapporté un cas clinique du Cleveland Clinic.

Les options à faible risque existent. L’aripiprazole, le brexpiprazole et la lurasidone ont des IC50 bien supérieurs à 10 μM, ce qui signifie qu’ils bloquent très peu le canal hERG. Leur risque de torsades de pointes est quasi nul - comparable à celui des patients ne prenant aucun antipsychotique. Pourtant, ils ne représentent que 38 % des nouvelles prescriptions. Pourquoi ? Parce qu’ils sont souvent perçus comme moins efficaces, même si les données ne soutiennent pas cette idée.

Les combinaisons qui tuent - et comment les éviter

Ce n’est pas l’antipsychotique seul qui pose problème. C’est la combinaison. Voici les pires associations :

  • Quetiapine + Ciprofloxacine : augmentation moyenne de 48 ms du QTc
  • Halopéridol + Ondansétron : augmentation moyenne de 39 ms du QTc
  • Ziprasidone + Sotalol : augmentation de 62 ms du QTc, avec un risque de torsades multiplié par 4,3
  • Risperidone + Fluconazole (antifongique) : augmentation de 35 ms du QTc
Ces combinaisons ne sont pas rares. Environ 45 % des patients sous antipsychotique prennent au moins un autre médicament qui allonge l’intervalle QT. Un patient atteint de schizophrénie peut très bien recevoir un antipsychotique, un antidépresseur, un antiémétique pour les nausées, et un antibiotique pour une infection urinaire - sans que personne ne vérifie les interactions.

La règle simple à retenir : si un patient prend un antipsychotique à risque modéré ou élevé, vérifiez chaque autre médicament qu’il prend. Utilisez une base de données fiable comme le hERG Channel Database de l’Université du Maryland. Si deux médicaments prolongent l’intervalle QT, évitez la combinaison. Ou, au minimum, faites un ECG avant et 48 heures après le début du traitement combiné.

Deux pilules dont les ombres forment un cœur monstrueux aux veines serpentes, sous une lumière clignotante.

Les facteurs qui amplifient le risque

Le risque n’est pas le même pour tout le monde. Certains patients sont plus vulnérables :

  • Âge > 65 ans : +15,3 ms au QTc
  • Femmes : +12,8 ms au QTc
  • Hypokaliémie (potassium < 3,5 mmol/L) : +22,7 ms
  • Bradycardie (pouls < 50 bpm) : +18,4 ms
  • Insuffisance rénale ou hépatique : réduction de l’élimination du médicament
  • Antécédents de troubles du rythme cardiaque
Ces facteurs ne sont pas des coïncidences. Ce sont des amplificateurs. Un patient âgé de 72 ans, en hypokaliémie, sous quetiapine et ciprofloxacine, a un QTc qui peut passer de 440 ms à 580 ms en trois jours. À ce niveau, le risque de torsades de pointes augmente de plus de 5 fois. Et pourtant, dans 68 % des cas, les ECGs de suivi ne sont pas faits - parce que les assurances les refusent, ou parce que le médecin n’a pas le temps.

Comment surveiller efficacement - et éviter les pièges

La bonne nouvelle ? Le risque peut être maîtrisé. La mauvaise ? La plupart des médecins ne le font pas.

Les recommandations de l’American Heart Association sont claires :

  1. Faites un ECG de base avant de commencer un antipsychotique à risque modéré ou élevé.
  2. Refaire un ECG après 1 semaine, puis à 4 semaines.
  3. Si le QTc dépasse 450 ms chez l’homme ou 470 ms chez la femme, réduisez la dose ou changez de médicament.
  4. Si le QTc dépasse 500 ms, arrêtez immédiatement le traitement et vérifiez les électrolytes.
  5. Pour les combinaisons à haut risque, surveillez hebdomadairement pendant le premier mois.
Mais les études montrent que moins de 35 % des patients en soins primaires bénéficient même d’un ECG initial. Pourquoi ? Parce que les médecins pensent que le risque est faible. Ou parce que les patients n’ont pas de symptômes. Ou parce que l’ECG est trop cher, ou trop difficile à obtenir dans les zones rurales.

La solution ? Surveillez les électrolytes. Une étude publiée dans JAMA Cardiology en 2023 a montré que maintenir le potassium et le magnésium dans la norme empêche 82 % des torsades de pointes chez les patients sous plusieurs médicaments. Un simple test sanguin, deux fois par semaine pendant le premier mois, peut sauver une vie.

Patients dans une salle d&#039;attente avec des cœurs visibles, leurs intervalles QT allongés reliés à une machine ECG vivante.

Le futur : des outils pour mieux protéger

Le paysage change. En mai 2024, la FDA a approuvé la première patch ECG numérique, le Zio XT, spécifiquement pour les patients sous antipsychotiques. Il enregistre le rythme cardiaque pendant 14 jours, détecte automatiquement les prolongations du QTc, et envoie des alertes en temps réel. Une étude dans le New England Journal of Medicine a montré qu’il détecte avec 98,7 % de précision les QTc > 500 ms.

En 2025, l’American Psychiatric Association lancera un calculateur de risque intégré aux dossiers médicaux électroniques. Il prendra en compte l’âge, le sexe, les médicaments, les électrolytes, et même le statut génétique (CYP2D6 poor metabolizer). Ce n’est pas de la science-fiction. C’est la prochaine étape logique.

Et les assureurs commencent à agir. En 2025, les remboursements Medicare aux pharmacies dépendront en partie de la conformité aux protocoles de surveillance du QTc. Ce qui était un choix clinique devient un critère de paiement. Et cela va forcer les médecins à agir.

Que faire maintenant ?

Si vous prescrivez un antipsychotique :

  • Choisissez un agent à faible risque si possible - aripiprazole, brexpiprazole, lurasidone.
  • Évitez les combinaisons avec des antibiotiques, antiémétiques ou antiarythmiques.
  • Faites un ECG avant et 72 heures après le début du traitement combiné.
  • Contrôlez le potassium et le magnésium. Un simple test sanguin peut éviter une mort subite.
  • Parlez clairement aux patients. 29 % d’entre eux arrêtent leur traitement par peur - parce qu’on ne leur a jamais expliqué le risque réel.
Le risque n’est pas nul. Mais il n’est pas inévitable non plus. Ce n’est pas une question de chance. C’est une question de vigilance. Et la vigilance, c’est ce que la médecine doit offrir - surtout quand la vie dépend de chaque décision.

Quels antipsychotiques ont le plus de risque d’allonger l’intervalle QT ?

Les antipsychotiques à haut risque incluent le thioridazine (interdit aux États-Unis mais encore utilisé ailleurs), le ziprasidone et le halopéridol. Le ziprasidone a un IC50 de 0,13 μM, ce qui signifie qu’il bloque très efficacement le canal hERG. Le thioridazine, avec un IC50 de 0,04 μM, est le plus puissant. Le quetiapine, le risperidone et l’olanzapine sont à risque modéré. Les options les plus sûres sont l’aripiprazole, le brexpiprazole et la lurasidone, dont les IC50 dépassent 10 μM.

Pourquoi la combinaison d’antipsychotiques et d’antibiotiques est-elle dangereuse ?

Certains antibiotiques, comme la ciprofloxacine et la moxifloxacine, bloquent aussi le canal hERG. Quand on les combine avec un antipsychotique qui fait la même chose, les effets s’additionnent. Une étude a montré que cette combinaison peut allonger l’intervalle QT de 40 à 130 ms en moins de 72 heures - suffisamment pour déclencher une torsades de pointes. Ce n’est pas une interaction rare : elle est responsable de nombreux cas de mort subite chez les patients âgés.

Faut-il systématiquement faire un ECG avant de prescrire un antipsychotique ?

Oui, si le médicament est à risque modéré ou élevé. Les recommandations de l’American Heart Association et de la FDA exigent un ECG de base avant le début du traitement. Pour les patients âgés, les femmes, ou ceux avec d’autres facteurs de risque, un ECG de suivi est obligatoire à 1 semaine et à 4 semaines. Même si le patient ne présente aucun symptôme, l’allongement du QTc est souvent asymptomatique jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Le potassium et le magnésium peuvent-ils vraiment prévenir les arythmies ?

Oui. Une étude publiée dans JAMA Cardiology en 2023 a montré que maintenir le potassium entre 4,0 et 4,5 mmol/L et le magnésium dans la norme réduit de 82 % le risque de torsades de pointes chez les patients sous plusieurs médicaments allongeant le QT. Ce n’est pas une simple recommandation : c’est une intervention simple, bon marché, et très efficace. Un simple test sanguin et une supplémentation si nécessaire peuvent sauver une vie.

Les nouveaux antipsychotiques sont-ils plus sûrs ?

Oui, de plus en plus. Les nouveaux médicaments, comme le brexpiprazole et la lurasidone, ont été conçus pour minimiser l’effet sur le canal hERG. Leur risque cardiaque est comparable à celui d’un placebo. En 2023, 38 % des nouvelles prescriptions étaient pour des antipsychotiques à faible risque - contre 22 % en 2019. Et cette tendance s’accélère, surtout avec les nouvelles exigences de remboursement liées à la sécurité cardiaque.

Commentaires (10)

Anne Ramos
  • Anne Ramos
  • décembre 27, 2025 AT 12:52

Cette article m'a fait froid dans le dos... J'ai un oncle qui a failli mourir après un mélange de quetiapine et d'antibiotique pour une infection urinaire. Personne n'a vérifié les interactions. C'est une vraie bombe à retardement dans les cabinets de soins primaires.
On dirait que la médecine suit les profits, pas les patients.

Elise Alber
  • Elise Alber
  • décembre 27, 2025 AT 20:33

Les données de l’IC50 du canal hERG sont cruciales, mais la plupart des cliniciens ne les consultent jamais. Le blocage du canal hERG est un mécanisme pharmacodynamique bien caractérisé, et pourtant, la surveillance électrophysiologique reste marginale. L’écart entre la preuve scientifique et la pratique est abyssal.

james albery
  • james albery
  • décembre 29, 2025 AT 08:49

Vous parlez de torsades de pointes comme si c’était une nouveauté. En 2017, j’ai vu un cas à l’hôpital de Lyon où un patient sous halopéridol + ondansétron est mort en 48h. L’ECG n’a jamais été fait. Le médecin a dit qu’il n’avait pas le temps. C’est pas une erreur, c’est un crime systémique.

Adrien Crouzet
  • Adrien Crouzet
  • décembre 30, 2025 AT 10:53

Je suis infirmier en psychiatrie. On prescrit du quetiapine à tout va, surtout pour les troubles du sommeil. Et puis on ajoute du ciprofloxacine pour une bronchite. Personne ne regarde les électrolytes. On fait un ECG ? Non, c’est trop cher pour la Sécurité Sociale.
On sauve des vies avec un test de potassium à 5€. Pourquoi on ne le fait pas ?

Suzanne Brouillette
  • Suzanne Brouillette
  • décembre 30, 2025 AT 23:47

Je suis une ancienne patiente sous risperidone + fluconazole... J’ai eu des palpitations terribles, j’ai cru que j’allais mourir. Personne ne m’a dit que c’était dangereux. J’ai dû chercher moi-même. 😔
Je suis contente que quelqu’un parle de ça. SVP, parlez-en aux patients. On a peur, mais on ne sait pas pourquoi. 💙

Jérémy Dabel
  • Jérémy Dabel
  • décembre 31, 2025 AT 08:45

le ziprasidone c'est un vrai danger j'ai lu un truc sur le site de la FDA et c'est pas du bluff... et le thioridazine ?! mais il est interdit aux US mais toujours en vente ici ?! comment c'est possible ?
et pourquoi on continue à prescrire des trucs comme ça ?

Guillaume Franssen
  • Guillaume Franssen
  • janvier 1, 2026 AT 20:24

Je suis pharmacien en ville. J’ai arrêté de délivrer du ciprofloxacine à un patient sous quetiapine depuis 2022. J’appelle le médecin directement. J’ai sauvé 3 vies comme ça. Les pharmaciens sont les derniers remparts. Mais on est oubliés dans les protocoles.
On peut faire la différence. Il suffit d’ouvrir la bouche.

Élaine Bégin
  • Élaine Bégin
  • janvier 3, 2026 AT 01:13

Arrêtez de faire peur avec des chiffres ! Vous avez vu le nombre de patients qui meurent de maladie cardiovasculaire sans antipsychotique ?! Ceux qui disent que c’est une bombe, c’est juste des alarmistes. Le quetiapine, c’est du pain béni pour les schizophrènes. Vous voulez qu’on arrête tout ?! C’est pas parce qu’il y a un risque qu’on doit tout arrêter !

Jean-François Bernet
  • Jean-François Bernet
  • janvier 4, 2026 AT 02:18

Vous êtes tous des naïfs. Le vrai problème, c’est que les médecins ne lisent plus les études. Ils suivent les guides de prescription qui sont rédigés par des laboratoires. Le risque QT ? Une note en bas de page. La vraie question, c’est : qui paie les chercheurs qui ont validé ces médicaments ?

Cassandra Hans
  • Cassandra Hans
  • janvier 5, 2026 AT 03:39

Je suis médecin en soins primaires. Je fais les ECGs. Je vérifie les électrolytes. Je prescris l’aripiprazole quand je peux. Mais je n’ai pas le temps. 12 patients par jour. 20 minutes par consultation. Et vous voulez que je consulte la base hERG, que je vérifie les 7 médicaments du patient, que je fasse un ECG, que je rappelle le labo...
Je ne suis pas un super-héros. Je suis épuisé. Et vous, vous êtes en ligne à critiquer. Faites quelque chose. Ou taisez-vous.

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