Chaque année, des millions de patients dans le monde reçoivent le mauvais médicament, la mauvaise dose, ou un médicament qui entre en conflit avec ce qu’ils prennent déjà. Ces erreurs ne sont pas des accidents isolés : elles sont le résultat de systèmes fragiles, de pressions excessives et de défaillances répétées dans les processus. En pharmacie, une simple erreur de délivrance peut avoir des conséquences graves - voire mortelles. Mais heureusement, ces erreurs ne sont pas inévitables. Avec les bonnes pratiques, les outils adaptés et une culture de sécurité, elles peuvent être réduites de manière significative.
Les erreurs de délivrance ne se limitent pas à donner un médicament erroné. Elles prennent plusieurs formes, souvent subtiles mais dangereuses. Selon une analyse de 62 études publiée en 2023, les trois types d’erreurs les plus courants sont :
Les médicaments les plus souvent impliqués dans ces erreurs sont les anticoagulants (31 % des cas graves), les antibiotiques (28 %), les opioïdes (24 %), les anticonvulsivants (12 %) et les antidépresseurs (9 %). Dans 41 % des erreurs liées aux antibiotiques, le pharmacien n’a pas vérifié les allergies du patient. Dans 29 %, il n’a pas croisé les ingrédients du médicament avec l’historique allergique. Et dans 18 %, il n’a pas ajusté la dose en fonction du poids ou de la fonction rénale.
Il est tentant de blâmer le pharmacien. Mais la réalité est plus complexe. Les erreurs ne viennent pas d’un manque de compétence, mais d’un système qui ne protège pas assez les professionnels.
La bonne nouvelle ? Des solutions existent. Et elles fonctionnent.
1. Vérification en double - C’est la méthode la plus simple et la plus puissante. Pour les médicaments à haut risque (insuline, héparine, anticoagulants, opioïdes), deux pharmaciens doivent vérifier indépendamment l’ordonnance, le médicament, la dose et le patient. Dans une étude, cette pratique a réduit les erreurs de 78 % sur 18 mois.
2. Balayage à barres - Lorsqu’un pharmacien scanne le médicament et le bon de prescription, le système vérifie automatiquement si tout correspond. Dans 127 pharmacies hospitalières, cette technologie a réduit les erreurs globales de 47,3 %. Les erreurs de mauvais médicament ont baissé de 52,1 %, les erreurs de dose de 48,7 %.
3. Écriture en majuscules pour les noms similaires - La technique appelée « Tall Man Lettering » distingue les médicaments proches : HYDROmorphone contre HYDROxyzine. Cette simple modification a réduit les erreurs de 56,8 % dans 214 pharmacies communautaires.
4. Systèmes de vérification des allergies et interactions - Les logiciels modernes doivent alerter automatiquement si un médicament entre en conflit avec une allergie connue, un traitement en cours ou une fonction rénale altérée. Ces systèmes ont réduit les erreurs liées aux interactions de 53 % et les erreurs allergiques de 72 %.
5. Réduction des interruptions - Certaines pharmacies ont mis en place des « zones sans interruption » pendant la préparation des ordonnances à haut risque. Un signal visuel (une lumière rouge) indique que le pharmacien est en train de vérifier. Cela réduit les erreurs de 25 %.
Les robots de délivrance, l’intelligence artificielle et les systèmes connectés promettent une révolution. Dans 34 hôpitaux, des algorithmes d’IA ont réduit les erreurs de 52,7 % en prédisant les risques avant qu’ils ne se produisent. Les robots ont baissé les erreurs de 63,2 % - mais coûtent entre 150 000 et 500 000 euros par unité.
Cependant, les nouvelles technologies ne sont pas une solution miracle. Un système informatisé peut créer de nouvelles erreurs. Dans 17,8 % des cas, les alertes trop nombreuses (« alert fatigue ») font que les pharmaciens ignorent les vrais avertissements. Un pharmacien a rapporté avoir manqué trois alertes critiques sur trois mois parce que le système en lançait 50 par jour.
La clé ? Une approche hybride : l’humain reste au centre. La technologie soutient, mais ne remplace pas la vigilance.
Le Dr Michael Cohen, fondateur de l’Institute for Safe Medication Practices, le dit clairement : « Les erreurs ne viennent pas des pharmaciens, mais des systèmes qui ne les protègent pas. »
Les pharmacies qui se concentrent sur la culpabilisation voient une réduction des erreurs de seulement 18,7 %. Celles qui adoptent une culture d’apprentissage - où chaque erreur est analysée sans blâme, pour améliorer les processus - voient une réduction de 62,3 %.
Cela signifie : quand une erreur arrive, on ne demande pas « Qui a fait ça ? » mais « Pourquoi ce système a permis que ça arrive ? »
La France, comme d’autres pays, doit adopter cette mentalité. Les erreurs ne sont pas des fautes individuelles - ce sont des signaux d’alerte du système.
Vous n’avez pas besoin d’attendre un nouveau logiciel ou un budget pour changer les choses. Voici ce que vous pouvez faire dès maintenant :
Chaque jour, des milliers de pharmaciens en France font un travail extraordinaire sous pression. Mais ce travail ne devrait pas exiger une endurance surhumaine. La sécurité des patients ne dépend pas de la perfection humaine - elle dépend de systèmes conçus pour éviter les erreurs, même quand nous sommes fatigués, distraits ou débordés.
La bonne nouvelle ? Nous avons les outils. Il ne reste plus qu’à les utiliser.
Les erreurs les plus dangereuses sont celles qui impliquent des médicaments à haut risque : les anticoagulants (comme la warfarine), les insulines, les opioïdes et les anticonvulsivants. Une erreur de dose ou d’interaction peut provoquer une hémorragie, une insuffisance respiratoire ou une crise épileptique. Selon les données de NHS Resolution, 31 % des erreurs graves concernent les anticoagulants.
Les cerveaux humains reconnaissent les mots par leur forme globale, pas par chaque lettre. Des noms comme « Hydralazine » et « Hydroxyzine » ou « Clonazepam » et « Clonidine » se ressemblent visuellement et phonétiquement. Quand un pharmacien est pressé, son cerveau peut automatiquement remplacer l’un par l’autre. La technique Tall Man Lettering (ex. : HYDROmorphone vs HYDROxyzine) force le cerveau à voir la différence.
Oui. Même dans les petites pharmacies, le balayage à barres réduit les erreurs de 40 à 50 %. Le coût initial est un frein, mais il existe des systèmes abordables pour les pharmacies communautaires. Une étude a montré que sur 12 mois, une pharmacie de taille moyenne a évité 7 erreurs potentiellement graves grâce à ce système - ce qui représente une économie de plusieurs milliers d’euros en indemnités et en soins d’urgence évités.
Les études montrent que les hôpitaux enregistrent plus d’erreurs en nombre absolu, car ils traitent des cas plus complexes. Mais la fréquence relative est similaire : environ 1,6 % des ordonnances contiennent une erreur, qu’elle soit communautaire ou hospitalière. La différence réside dans les conséquences : dans un hôpital, une erreur peut toucher un patient déjà gravement malade. En pharmacie communautaire, l’erreur peut rester cachée plus longtemps.
Vérifiez s’il intègre : 1) des alertes automatiques pour les allergies et interactions, 2) un système de vérification en double pour les médicaments à haut risque, 3) une fonction de balayage à barres, 4) une interface qui évite les confusions entre noms similaires (Tall Man Lettering), et 5) la possibilité d’ajuster la fréquence des alertes pour éviter la surcharge. Si votre logiciel ne fait pas tout cela, demandez une mise à jour ou envisagez un changement.
Je viens de vérifier mon stock et j’ai mis des étiquettes en majuscules pour les noms similaires… C’est fou comment ça change tout. Avant, je confondais Hydralazine et Hydroxyzine tous les deux jours. Maintenant, zéro erreur en 3 mois. 🙌
Les pharmaciens sont pas des robots c’est pour ça qu’il faut des systèmes qui protègent pas des mecs qui doivent être parfaits
Je suis contente de voir que les petites actions comptent. Même juste dire 'Je suis en vérification' et mettre un signal… ça change la dynamique du bureau. On se respecte plus, et les patients sont en sécurité. 💛
Le balayage à barres c’est trop cher pour les petites pharma non ? Genre on peut pas juste faire attention ? 😅
Oh bah bien sûr, on va blâmer le système… comme si les pharmaciens français étaient les seuls à pas savoir lire une ordonnance. Dans les pays sérieux, on apprend à lire avant d’ouvrir une pharmacie. 🙄
Il convient de noter que l’analyse des données provenant de 62 études publiées en 2023 révèle une corrélation statistiquement significative entre la charge de travail et les erreurs de délivrance (p < 0,01). De plus, l’efficacité du balayage à barres est confirmée par une réduction de 47,3 % des erreurs globales dans un échantillon de 127 pharmacies hospitalières, avec une intervalle de confiance à 95 %. Cette donnée doit impérativement être contextualisée par les coûts d’implémentation et la résistance organisationnelle.
Le double contrôle pour les anticoagulants, c’est la base. J’ai vu un collègue faire une erreur sur un patient âgé… on a mis le double contrôle et plus jamais de souci. Même si c’est juste toi et ton collègue qui le faites, ça sauve des vies. Pas besoin d’un robot pour ça.
En France on a tout pour échouer. Les médecins écrivent comme des charabias, les logiciels sont pourris, et les pharmaciens sont surchargés. On attend toujours que quelqu’un d’autre fasse le travail. Le système est pourri, et on le sait.